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Historique du Qatar Prix Jean Prat : Un nouveau parcours pour les flyers de 3 ans

Juillet, Deauville

 

QATAR PRIX JEAN PRAT

 

Groupe 1, 3 ans sur 1 400 mètres, 240 000 €

Créé en 1858 (Prix Biennal des 3ans)

Tenant du titre : Pinatubo (m3, IRE par Shamardal et Lava Flow, par Dalakhani), appartenant à Godolphin, élevé par Godolphin, entraîné par Charlie Appleby, monté par William Buick.

Record de la course : 1’21’’2 par Too Darn Hot en 2019 (record des 1 400 mètres à Deauville : 1’21 »1, Proviso dans le prix du Calvados 2007)

En prenant comme point de départ 1961 (voir explication ci-après), le Prix Jean Prat sera disputé pour la 61ème fois en 2021.

L’édition 2020

Dimanche 12 août 2020, Deauville. – Après Too Darn Hot, c’est un nouveau champion de 2ans en quête de rédemption qui s’est imposé dans la 60ème édition du Qatar prix Jean Prat (Gr1). En effet, le favori Pinatubo (Shamardal) a pris le meilleur à deux cents mètres de l’arrivée et battu de près d’une longueur l’irlandais Lope Y Fernandez (Lope de Vega), venu pour sa part au centre de la piste. Un autre anglais, Malotru (Casamento), s’est emparé de la troisième place à deux longueurs et demie après avoir galopé en retrait. Il devance d’une courte encolure le premier français à l’arrivée, Wooded (Wootton Bassett), quatrième après avoir pisté les leaders et emmené le futur lauréat dans sa progression. Gagnant des Jersey Stakes (Gr3) au meeting royal d’Ascot, Molatham (Night of Thunder) conclut à la cinquième place.

Invaincu à 2 ans, alors gagnant de deux courses de Groupe 1 en Irlande et en Angleterre, Pinatubo, élevé par l’écurie Godolphin de la famille Al Maktoum de Dubaï, avait en revanche terminé seulement troisième des Deux Mille Guinées (Gr1), début juin à Newmarket. Il avait ensuite fini deuxième des St James’s Palace Stakes (Gr1) au meeting royal d’Ascot.

Il a remporté ici sa septième victoire, la première cette année.

La mère de Pinatubo, Lava Flow (Dalakhani), a gagné deux courses en France sous l’entraînement d’André Fabre. Elle s’est notamment imposée dans le prix de la Seine (L) sur 2 200 mètres avant d’entrer au haras. Sa propre mère, Mount Elbrus (Barathea), a aussi donné un gagnant de Groupe 3 sur les haies en Grande-Bretagne.

Pinatubo descend comme Mishriff, lauréat du prix du Jockey Club (Gr1) et Uni, gagnante l’an dernier d’une épreuve de la Breeders’Cup, d’Eljazzi (Artaius). Exploitée en course par le Prince Abdulrahmane Faisal, éleveur-propriétaire de Mishriff, Eljazzi n’a pas réussi en course mais elle a donné Rafha, gagnante du prix de Diane et mère de l’étalon Invincible Spirit.

On notera aussi que le deuxième de ce Qatar prix Jean Prat, Lope Y Fernandez, a été acheté 900 000 € aux ventes de Deauville. Déjà battu deux fois par Pinatubo l’an dernier, puis par Earthlight, autre champion de 2ans invaincu à 2 ans pour l’écurie Godolphin, dans les Middle Park Stakes (Gr1), Lope Y Fernandez est gagnant de Groupe 3.

 

Historique

C’est en 1940 que fut attribué le nom de Prix Jean Prat à deux très anciennes courses, créées en 1858 sous le nom de « Prix Biennal », dont une 1ère épreuve était réservée aux 3 ans et une 2ème épreuve aux 4 ans. Une confusion parfois fâcheuse s’instaura entre les deux Prix Jean Prat jusqu’en 1985, quand la course réservée aux 3 ans conserva son nom alors que le titre de Prix Vicomtesse Vigier fut attribué à l’épreuve ouverte aux 4 ans et au-dessus.

La course se disputa à Longchamp de l’origine jusqu’en 1966, puis de 1986 à 1994 ; à Chantilly, de 1967 à 1985 et depuis 1995. Elle a été promue au rang de Groupe 1 en 1985. Sa distance fut de 2 000 mètres jusqu’en 1961 puis réduite à 1 850 mètres jusqu’en 1966 et à 1 800 mètres de 1967 à 2004. En 2005 elle est réduite à 1 600 mètres, et à 1 400 mètres en 2019.

Quand elle était disputée au mois d’avril, la course faisait partie des épreuves préparatoires au Prix du Jockey Club. Ainsi le doublé fut réalisé par Little Duck (1884), Reluisant (1885), Sea Sick (1908) et Duplex (1934). On trouve aussi à son palmarès trois vainqueurs du Grand Prix de Paris (ancienne formule, sur 3.000 mètres), Arreau (1896), Verdun (1909) et Souverain (1946), un lauréat du Derby d’Epsom, Durbar (1914), et l’invaincu Prestige (1906).

En 1961, la fonction du Prix Jean Prat fut modifiée. Déplacé d’abord au dernier dimanche de mai puis accompagnant le Prix du Jockey Club le premier dimanche de juin, le Prix Jean Prat disputé sur 1 800 mètres, se présenta alors comme une étape intermédiaire idéale entre la Poule d’Essai (1 600 mètres) et le Grand Prix de Paris, couru fin juin, dont la distance avait été réduite à 2 000 mètres en 1987. Durant cette période, quatre chevaux parvinrent à réaliser le doublé Jean Prat-Grand Prix : Risk Me (1987), Millkom (1994), Vespone (2003) et Bago (2004). Aucun des quatre n’avait participé auparavant à la Poule d’Essai.

Dans le cadre de la réforme des conditions et du calendrier des courses instaurée en 2005, le Prix Jean Prat (1 800 mètres) aurait concurrencé le Prix du Jockey Club dans sa nouvelle version sur 2 100 mètres. C’est pourquoi il a été décidé de faire du Prix Jean Prat une contre-épreuve des Poules d’Essai en fixant sa distance à 1 600 mètres, en doublant son allocation (400 000 € au lieu de 200 000 €) et en le reculant au premier dimanche de juillet, permettant ainsi la présence de certains chevaux ayant participé au Jockey Club. C’est ainsi que Lawman a pu gagner à la fois le Jockey Club et le Jean Prat en 2007. De la sorte le Prix Jean Prat prend du galon, devenant l’épreuve vedette de la réunion créée à Chantilly le premier dimanche de juillet. Il a ensuite été déplacé à Deauville, en 2018, pour utiliser le parcours en ligne droite de l’hippodrome normand, puis il a été raccourci de deux cents mètres en 2019 pour être porté à 1 400 mètres et devenir ainsi un parcours intermédiaire entre Royal Ascot et le meeting d’août.

Jean Prat (1847-1940)

Cette course a été nommée en souvenir de Jean Prat, personnalité du turf français. Elu membre du comité de la Société d’Encouragement en 1903, il fut aussi commissaire de 1906 à 1909, puis de 1919 à 1920. Surtout il avait rendu pendant la Première Guerre mondiale un éminent service à la Société d’Encouragement. Celle-ci, privée de recettes, avait accepté la proposition de Jean Prat de lui prêter – moyennant un intérêt de 5 % – les sommes nécessaires au financement des « épreuves de sélection » qu’elle était chargée d’organiser de 1916 à 1918, mais « sans public et sans pari ».

« La Société d’Encouragement, en perdant son doyen d’âge, est privée désormais d’un de ses conseillers les plus respectés. […] Il fut observateur de sa parole, fidèle dans ses amitiés, sincère et ferme dans ses convictions » peut-on lire dans la notice nécrologique que lui consacra le journal hippique La Veine (6 janvier 1940).

Cet industriel marseillais, qui devait sa fortune au fameux vermouth Noilly-Prat, fit d’abord courir dans le Midi. C’est à vingt et un ans qu’il remporta sa première course, le 11 mai 1868 à Angoulème, avec Adour. Celui-ci fut encore victorieux à cinq reprises, successivement à Avignon, Toulouse, Mont-de-Marsan et Bordeaux. Là, il gagna deux courses à trois jours d’intervalle, la seconde (pour gentlemen-riders) monté par son propriétaire. Le premier bon cheval de Jean Prat fut la pouliche Faisane, quatre fois gagnante en cinq tentatives à 2 ans en 1876, victoires acquises à Dieppe (Grand Critérium), à Fontainebleau (Deuxième Critérium), à Chantilly (Prix de la Salamandre) et à Marseille (Prix de la Ville). Bredouille en trois tentatives à 3 ans, Faisane se ressaisit à 4 ans en remportant une course à Chalon-sur-Saône puis le Grand Prix de la Ville de Dieppe.

Son écurie étant « montée » dans la région parisienne, tout d’abord à La Croix-Saint-Ouen, Jean Prat vit alors ses couleurs (casaque marron, manches orange, toque blanche) se distinguer au plus haut niveau pendant un demi-siècle, le plus souvent avec des sujets nés dans son haras installé à Lessard-le-Chêne près de Lisieux. Chopine (Prix Greffulhe 1889), Nacelle (Omnium de 2 Ans 1895), Champignol (Prix Lupin, 2ème Prix du Jockey Club 1896), Chambertin né en 1894 (Prix Royal Oak, Prix du Cadran), Clairette (Omnium de 2 Ans 1899), Mirska (Oaks à Epsom 1912) et Cadet Roussel III (Prix des Sablons 1912) furent ses meilleurs chevaux avant la Première Guerre mondiale. Durant celle-ci, son élève Montmartin s’avéra le meilleur sujet de la génération née en 1915 en remportant les principales épreuves de substitution. Se distinguèrent ensuite Galéjade (Poule d’Essai 1919), Macaroni (Prix du Président de la République 1933), Rénette (Prix d’Ispahan (1935, 1936), Sylvanire (2ème Prix de Diane 1937) ainsi que deux sujets acquis en vente publique, Drap d’Or et Gaspillage, tous deux vainqueurs de la Poule d’Essai des Poulains (1937, 1938). L’ultime bon cheval de Jean Prat fut Maurepas (lui aussi acheté yearling en vente publique), gagnant à 2 ans du Prix La Flèche au Tremblay le 31 juillet 1939. Jean Prat étant décédé en janvier 1940, Maurepas poursuivit sa carrière pour le compte de la vicomtesse Vigier, héritière des couleurs et de l’élevage. Maurepas se révéla être un des meilleurs sujets de sa génération, de même que Magister, né à Lessard-le-Chêne en 1939, qui remporta en 1942 le Prix du Jockey Club et le Grand Prix de Paris, les deux courses que Jean Prat avait tant espéré inscrire au palmarès de ses couleurs.

Les visiteurs

19 victoires à leur actif depuis 1968. 17 d’Angleterre pour les écuries de Noël Murless (Lorenzaccio 1968, Hill Run 1969), Richard Hannon (Dick Turpin 2010, Havana Gold 2013), John Gosden (Torrential 1995, Too Darn Hot 2019), Saeed Bin Suror (Almutawakel 1998, Thunder Snow 2017), William Hern (Sharp Edge 1973), Guy Harwood (Young Generation 1979), Paul Kelleway (Risk Me 1987), Clive Brittain (Lapierre 1988), David Loder (Starborough 1997), Barry Hills (Golden Snake 1999), John Dunlop (Olden Times 2001), Karl Burke (Lord Shanakill 2009), Pinatubo (2020). Un seul est venu d’Irlande, un pensionnaire de Vincent O’Brien (Night Alert 1980). On compte également la victoire espagnole de Mauricio Delcher-Sanchez (Suances 2000).

Propriétaires

  • Mohammed Al Maktoum & Godolphin (9 victoires) : Local Talent (1987), Kitwood (1992), Torrential (1995), Starborough (1997), puis sous la casaque de Godolphin avec Almutawakel (1998), Aesop’s Fables (2012), Territories (2015), Thunder Snow (2017), Pinatubo (2020).
  • Famille Niarchos (5 victoires) : Cresta Rider (1981), Melyno (1982), Mendez (1984), Baillamont (1985), Bago (2004).
  • Marcel Boussac (3 victoires) : Marveil (1949), Janus (1950), Locris (1967).
  • Aga Khan IV (3 victoires): Jour et Nuit III (1964), Silver Shark (1966), Maroun (1971).

On a enregistré aussi deux fois des victoires de couple, celles de R.B. Strassburger avec Le Tyrol (1951) et de son épouse avec Angers (1960) ; et celles de Mme Alec Head avec Sillery (1991) et de son époux avec Rouvres (2002).

Entraîneurs

  • François Mathet (5 victoires) : Jour et Nuit II (1964), Silver Shark (1966), Maroun (1971), Lightning (1977), Melyno (1982) ;
  • François Boutin (5 victoires) : Speedy Dakota (1975), Cresta Rider (1981), Mendez (1984), Baillamont (1985), Priolo (1990).
  • André Fabre (5 victoires) : Local Talent (1987), Kitwood (1992), Mutual Trust (2011), Aesop’s Fables (2012) et Territories (2015)
  • Etienne Pollet (3 victoires) : Peppermint (1954), Spy Well (1963) et Master Guy (1970).
  • Christiane Head (3 victoires) : Sillery (1991), Le Triton (1996) et Rouvres (2002)
  • Nicolas Clément (3 victoires): Le Balafré (1993), Vespone (2003) et Stormy River (2006).

Jockeys

  • Yves Saint-Martin (6 victoires) : Jour et Nuit II (1964), Silver Shark (1966), Melyno (1982), Antipode (1974), Earth Spirit (1976) et Ginger Brink (1983).
  • Roger Poincelet (4 victoires) : Souverain (1946), Marveil (1949), Spy Well (1963) et Locris (1967).
  • Cash Asmussen (4 victoires): Mendez (1984), Baillamont (1985), Magical Wonder (1986) et Local Talent (1989).
  • Olivier Peslier (4 victoires) : Le Balafré (1993), Turtle Bowl (2005), Lawman (2007) et Charm Spirit (2014).
  • Lanfranco Dettori (4 victoires) : Torrential (1995), Starborough (1997), Almutawakel (1998) et Too Darn Hot (2019)
  • Lester Piggott (3 victoires) : Speedy Dakota (1975), Dom Racine (1978) et Night Alert (1980).

N.B. Ces statistiques (propriétaires, entraîneurs et jockeys) ne concernent cette course que depuis 1940 quand elle adopté le nom de Prix Jean Prat. Certains des intéressés figurent antérieurement au palmarès du Biennal des 3ans.

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